Les cardinaux sulpiciens à travers l’Histoire

Figures du service de l’Eglise Universelle
vendredi 13 janvier 2012
par  Ronald Witherup
popularité : 14%

Pendant ses 370 ans d’existence, certains ont remarqué que malgré son petit nombre de membres, la Compagnie de Saint Sulpice avait eu une certaine influence du point de vue historique. Cela est particulièrement dû à la spécificité de sa vocation : la formation initiale et permanente des prêtres.

Normalement, il n’est pas d’usage dans la Compagnie d’accepter les honneurs ecclésiastiques. Notre fondateur Jean-Jacques OLIER lui-même refusa deux fois d’être nommé évêque. Cependant dans l’histoire de la Compagnie, quelques confrères ont été choisis par le Saint-Siège pour le service du ministère épiscopal. Certains ont même été fondateurs de diocèses et eurent une influence certaine dans l’Eglise. Il n’était pas attendu non plus qu’un sulpicien puisse un jour devenir cardinal – Prince de l’Eglise – cinq l’ont été ou le sont. Nous allons donner une rapide esquisse de ces cinq prélats dans l’ordre chronologique.

►Jean VERDIER (1864-1940)

►André Damien Ferdinand JULLIEN (1882-1964)

►Paul-Émile LÉGER (1904-1991)

►Édouard GAGNON (1918-2007)

►Marc OUELLET (1944-present)

Le premier sulpicien à avoir été élevé à la pourpre cardinalice fut Jean VERDIER, né le 19 février 1864 à la Croix de Barrez dans le diocèse de Rodez au centre de la France. Durant ses études au séminaire, il fut reconnu comme un étudiant sérieux et intelligent, se posant la question de pouvoir entrer dans quelque communauté religieuse. Finalement, il décida d’entrer dans la Compagnie de Saint Sulpice où il fut admis en 1888.

Le cardinal Verdier

Ordonné prêtre en 1887 à Saint Jean de Latran à Rome, il y poursuivit des études en théologie et droit canonique. Puis il occupa plusieurs postes, en particulier celui de supérieur du séminaire des Carmes de 1912 à 1922. Etant à Paris, il s’imposa rapidement comme une figure incontournable du diocèse, travaillant de près avec deux archevêques : le cardinal Amette et le cardinal Dubois. Il était aussi membre du conseil général et fut le bras droit de M. Garriguet, supérieur général, lui succédant à cette charge en 1929.

A cette époque, il faut se rappeler que le Supérieur Général de Saint Sulpice était aussi Supérieur du séminaire d’Issy-les-Moulineaux et vicaire général du diocèse de Paris. Ce n’est donc pas une surprise qu’un homme capable tel que M. Verdier fut associé jour après jour à la bonne marche de ce grand diocèse

Le 18 Novembre 1929, Sa Sainteté le pape Pie XI nomme M. Verdier, archevêque de Paris. Cinq jours plus tard, on apprenait sa promotion cardinalice. Demeurant Supérieur Général de la Compagnie, Mgr Verdier nomme aussitôt un assistant en la personne de M. Pierre BOISARD, lui confiant la responsabilité de suivre les affaires courantes de la Compagnie, afin de pouvoir garder du temps et de l’énergie pour des questions plus importantes. M. Boisard deviendra lui-même Supérieur Général de 1945 à 1952 et se mit à écrire une importante histoire de la Compagnie de Saint Sulpice.

Comme archevêque de Paris, le cardinal Verdier exerça un grand ascendant sur la conduite de l’Eglise de France, encourageant et dynamisant l’Action Catholique et promouvant des rencontres pour la jeunesse. En 1938, suite à la « Nuit de Cristal » en Allemagne, il s’exprima avec fermeté contre la violence déplorable des nazis.

Le blason du cardinal Verdier

Il mourut à Paris le 9 avril 1940, et fut inhumé dans la cathédrale Notre Dame, où sa plaque commémorative peut encore être vue sur le mur droit de l’abside.

Le deuxième sulpicien devenu cardinal fut André Damien Ferdinand JULLIEN (1882-1964). Il passa la plupart de son temps de ministère sulpicien à Rome.

Né le 25 octobre 1882 à Pélussin dans le diocèse de Lyon, il fit ses études au séminaire sulpicien de Paris et entra dans la Compagnie. Ordonné prêtre en 1905 pour le diocèse de Paris, il fut envoyé à Rome pour passer un doctorat en droit canonique. Après l’année de Solitude en 1912, il fut de nouveau envoyé à Rome pour travailler comme conseiller canonique au tribunal de la Rote. Là il fut associé à la préparation du nouveau code de Droit Canonique (1917).

En 1922, il devint auditeur de la Rote, et travailla humblement et patiemment dans ce dicastère. Nommé doyen de la Rote en 1944, le 15 décembre 1958, le pape Jean XXIII le créa cardinal. Il ne fut ordonné évêque que le 19 avril 1962. Malheureusement il fut atteint d’une leucémie ! Il ne put donc participer qu’aux deux premières sessions du concile de Vatican II, où il contribua par certaines interventions à l’élaboration de la Constitution sur la Divine Liturgie. Néanmoins sa santé ne lui permit pas de donner toute sa mesure. Il participa au conclave de 1963 qui vit l’élection de Paul VI. Il mourut le 11 janvier 1964 et fut inhumé dans l’église de Saint Georges au Vélabre à Rome.

Les trois autres cardinaux sulpiciens sont tous du Canada « Nouvelle France ». Le premier d’entre eux est Paul-Emile LEGER (1904-1991), qui eut une histoire remarquable comme évêque au Canada, puis après sa démission, il vint en Afrique pour se consacrer à une léproserie.

Né le 16 avril 1904 à Valleyfield (Québec), il étudia la théologie au séminaire sulpicien de Montréal et fut ordonné prêtre le 25 mai 1929. Puis il vint à Paris pour travailler comme sulpicien au séminaire d’Issy-les-Moulineaux, où en même temps il obtint un doctorat en droit canonique à l’Institut Catholique de Paris (1931).

M. Léger participa de 1933 à 1938 à la fondation canadienne de Saint Sulpice au Japon (séminaire de Fukuoka), puis il fut nommé à la demande de son évêque, vicaire général de Valleyfield en 1940, et par voie de conséquence quitta la Compagnie. Il demanda sa réintégration en 1947 ayant été nommé recteur du Collège pontifical canadien à Rome.

Un bronze du cardinal Léger

Le 25 mars 1950, le pape Pie XII nomma M. Léger archevêque de Montréal. Il fut créé cardinal le 12 janvier 1953. Le cardinal Léger fut particulièrement actif pendant le concile de Vatican II, où il prit souvent la parole sur la question de la liberté religieuse, du contrôle des naissances, du mariage et de la famille. Bien qu’il fût par nature quelqu’un plutôt classique, il se laissa rapidement convaincre par les impulsions données par le concile. Il démissionna en 1968 et décida de partir en Afrique comme missionnaire au Cameroun. Il y resta dix années, puis revint à Montréal prendre une retraite active. Il y mourut en 1991, dernier cardinal créé par Pie XII.

Le quatrième cardinal sulpicien est Edouard GAGNON (1918-2007), né au milieu d’une famille de treize enfants dans la petite ville de Port-Daniel (Québec). Il suivit sa formation sacerdotale au séminaire de Saint Sulpice à Montréal, où il y fut ordonné et entra dans la Compagnie le 15 août 1940. Il obtint un doctorat de droit canonique à l’université de Laval en 1944 et fut nommé professeur de droit canonique et de théologie morale dans les séminaires sulpiciens du Canada et d’Amérique du Sud. Il fut aussi nommé peritus durant la troisième et la quatrième session du Concile de Vatican II (1964-1965).

Le cardinal Gagnon

En 1966, M. Gagnon devint Secrétaire du Conseil Pontifical pour les moyens de communications à Rome, et fut également nommé recteur du Collège Pontifical Canadien en 1969. En février 1969, il fut nommé évêque de S. Paul (Alberta). De 1974 à 1990, Mgr Gagnon vint travailler à Rome à plusieurs postes du Saint Siège, dont le plus notable fut celui de Président du Conseil Pontifical pour la famille et Président du Conseil Pontifical pour les Congrès Eucharistiques. Le pape Jean-Paul II le créa cardinal le 25 mars 1985, et lui demanda aussi de veiller aux liens avec la Fraternité schismatique Saint Pie X fondée par Mgr Marcel Lefebvre.

Reconnu comme une personne sainte, chaleureuse et cordiale, le cardinal Gagnon était aussi un ardent défenseur des débats autour de la préservation de la vie et de l’enseignement du Magistère sur la famille. Dès sa retraite en 2000, le cardinal Gagnon regagna Montréal et se retira au Vieux Séminaire. Il y mourut le 25 août 2007 et fut inhumé dans le cimetière sulpicien au Grand Séminaire de Montréal.

Enfin, nous arrivons aujourd’hui. Le plus récent cardinal venu de la Compagnie de Saint Sulpice est Marc OUELLET (né en 1944), maintenant Préfet de la Congrégation des Evêques et Président du Conseil Pontifical pour l’Amérique Latine. Proche du pape Benoît XVI, le cardinal Ouellet a aussi derrière lui une brillante carrière sulpicienne.

Le cardinal Ouellet

Né le 8 juin 1944 à Lamotte (près d’Amos), Marc Ouellet est l’un des huit enfants d’une famille catholique très pratiquante. Il étudia la théologie au séminaire de Montréal et fut ordonné prêtre pour le diocèse d’Amos le 25 mai 1968. Il fut vicaire dans une paroisse pour deux ans, puis partit pour l’Amérique Latine, et entra à Saint Sulpice en 1972. Il étudia la philosophie à l’Angelicum à Rome de 1972 à 1974, puis il retourna en Amérique du Sud pour enseigner au séminaire sulpicien de Manizalès. La Compagnie lui demanda de revenir au Canada enseigner au Grand Séminaire de Montréal. Puis il continua ses études, cette fois en théologie, à Rome à la Grégorienne (1978-1982). Il revint une nouvelle fois en Amérique du Sud enseigner à Cali (Colombie) dont il devint le recteur du séminaire. Il devint ensuite recteur au Grand Séminaire de Montréal (1990-1994), puis au séminaire S. Joseph d’Edmonton en Alberta (1994-1996).

En 1997, M. Ouellet retourna à Rome pour enseigner à l’Institut Jean-Paul II, dépendant de l’université du Latran. Il fut nommé par le pape Jean-Paul II évêque et Secrétaire du Conseil Pontifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens en 2001. Puis il fut transféré au siège archiépiscopal de Québec et primat du Canada en 2002, et fut créé cardinal le 21 octobre 2003, restant à Québec jusqu’à ce que le pape Benoît XVI le nomme à son poste actuel à Rome en 2010.

Le blason du cardinal Ouellet

Homme un peu réservé et humble, le cardinal Ouellet est chargé d’un nombre important de tâches à accomplir par le Saint Père. Comme par exemple, la présentation de l’exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini (2010), qui fait suite au Synode de 2008 sur la Parole de Dieu ; synode dont le cardinal Ouellet était le rapporteur principal.

Cette part de l’histoire de Saint Sulpice – les figures de « nos » cinq cardinaux – révèle deux vérités connexes. Sur un point, cela a été un défi pour une si petite communauté de laisser partir ses membres les plus prometteurs : c’est un sacrifice. Mais d’un autre côté, c’est aussi un don que vit la Compagnie dans la liberté de servir l’Eglise universelle. Parfois certains sacrifices sont nécessaires pour le bien d’une communauté plus large. Ces cinq prêtres ont servi la foi de l’Eglise, en en faisant ainsi, ont permis de faire rejaillir cet honneur sur la Compagnie entière des prêtres de Saint Sulpice. Aussi, la Compagnie remercie le Seigneur pour leur ministère et reconnaît le dévouement de ces « Princes de l’Eglise ».