Histoire de la Compagnie

samedi 21 mars 2009
popularité : 2%

LES ORIGINES

- L’origine de la Compagnie est intimement liée au grand mouvement d’évangélisation et de rénovation chrtéienne qui s’est développé en France au XVIIe siècle, et très immédiatement à l’activité missionnaire et pastorale de Jean-Jacques Olier.
 M. Olier, détail d'un vitrail de l'Eglise N-D des Vertus à Aubervilliers

- Disciple de monsieur Vincent et du Père de Condren, Jean-Jacques Olier (1608-1657) prit part aux missions organisées par eux en France, tout spécialement à celles d’Auvergne et des environs de Chartres. Il découvrit que cet effort apostolique serait sans lendemain sans une réforme du clergé. Or celle-ci supposait l’application des décisions du Concile de Trente concernant la formation des prêtres.

- " Nous nous sommes rassemblés depuis quelques années, écrivait-il, plusieurs sujets qui, après avoir travaillé sur les peuples dans les missions et les paroisses, reconnaissent qu’inutilement on travaillait sur eux si l’on ne travaillait auparavant à purifier la source de leur sanctification qui sont les prêtres, de là vient qu’ils se sont retirés pour cultiver les nouvelles plantes qui leur sont tombées dans les mains, et qui ont paru être appelées au clergé " ( Jean-Jacques Olier, Divers écrits I, 71).

- Ce désir de travailler à la réforme du clergé par la formation des prêtres, Jean-Jacques Olier le devait aussi à l’influence du Père de Condren, successeur du cardinal de Bérulle à la tête de l’Oratoire de France. Pierre de Bérulle voulait " restaurer l’état de prêtrise ", alors si dégradé. Le Père de Condren dissuada Jean-Jacques Olier d’accepter l’épiscopat qui lui était proposé et l’orienta vers l’oeuvre des séminaires. Jean-Jacques Olier se sentit appelé à " porter la contemplation dedans le sacerdoce ".

- Ce souci de la réforme du clergé rejoignait celui de nombreux évêques. Plusieurs avaient tenté de fonder des séminaires. Ces essais avaient le plus souvent échoué. En France, la mise en oeuvre du Concile de Trente paraissait se heurter à des obstacles infranchissables.

- En fait, c’est une conception nouvelle du séminaire qui, autour de 1642, allait se développer à partir d’une expérience originale, celle des " exercices ", ou retraites, organisés pour les ordinands. Ce fut l’oeuvre de Vincent de Paul, Jean Eudes et Jean-Jacques Olier.

- Avec deux autres prêtres, Olier fonda, en décembre 1641, un séminaire à Vaugirard, alors village proche de Paris. Devenu quelques mois plus tard curé de Saint-Sulpice, il transporta cette petite communauté à Paris, près du presbytère. D’autres prêtres se joignirent à lui pour le service du séminaire et de la paroisse. Ainsi fut constituée la Compagnie des prêtres du séminaire de Saint-Sulpice.

- Comme il s’en explique lui-même, l’intention de Jean-Jacques Olier n’était pas de fonder une " congrégation ", avec ses maisons propres, plus ou moins nombreuses. C’est pourquoi le séminaire et la Compagnie prirent le nom de la paroisse dont Jean-Jacques Olier était curé. Comme la paroisse, le séminaire dépendait de l’abbaye Saint-Germain-des-Près et se trouvait ainsi exempt de la juridiction de l’archevêque de Paris. Jean-Jacques Olier regardait le Pape comme son supérieur. Le séminaire de Saint-Sulpice lui semblait destiné au service de l’Eglise de France : il formerait les candidats au sacerdoce que les évêques lui enverraient. De plus, les prêtres attachés au séminaire, tout donnés à la formation des prêtres, seraient mis à la disposition des évêques pour travailler à la fondation et à la direction des séminaires diocésains. Ainsi, du vivant même de Jean-Jacques Olier, la Compagnie des prêtres du séminaire de Saint-Sulpice accepta de prendre la direction de quatre séminaires. Mais ce devait être en dépendance de l’évêque du lieu et sans esprit de propriété : on devrait être disposé à revenir à " la maison " qui était le séminaire Saint-Sulpice.

- Dans la pensée de Jean-Jacques Olier, cette " petite Compagnie " devait se limiter à un groupe de prêtres peu nombreux, liés non par des voeux, mais par la charité sacerdotale et le don d’eux-mêmes au service de la formation des prêtres. Parce que le système des bénéfices faisait obstacle à la réforme du clergé, ils devaient renoncer aux bénéfices qui les auraient écartés de ce ministère. Ils devaient être animés d’une vie spirituelle caractérisée tout à la fois par " l’esprit apostolique ", le sens de l’adoration, et la " vie intérieure ". Centrée sur la communion à Jésus-Christ, Verbe Incarné, cette vie spirituelle devrait être nourrie de l’Ecriture, et constamment renouvelée par l’eucharistie et l’oraison. La dévotion à la Vierge Marie et aux apôtres tenait une grande place.

- La conception du séminaire mise en oeuvre par Jean-Jacques Olier à Vaugirard et Saint-Sulpice, et exposée dans le " Projet d’un séminaire diocésain " qu’il présenta à l’assemblée du Clergé de France en 1651, diffère profondément du séminaire tridentin de saint Charles Borromée ou même du séminaire paroissial de Bourdoise. Au lieu de recevoir des adolescents pour les conduire graduellement au sacerdoce, le nouveau séminaire n’accueille que des hommes dont la vocation est déjà éprouvée, ou éventuellement des prêtres désireux de se former. Les uns et les autres viennent partager la vie de cette communauté de prêtres pour s’initier à l’esprit apostolique et développer les vertus et dispositions intérieures qui font l’âme sacerdotale. La sanctification des diocèses en dépend et la gloire de Dieu y est engagée. Le séminaire constitue avant tout une communauté où les distances sont abolies autant que possible entre les candidats au sacerdoce et les éducateurs ; ceux-ci sont avant tout des éducateurs spirituels exerçant le "ministère de la direction".

LES GRANDES ETAPES

- Le développement de la Compagnie s’est opéré à partir du séminaire de Saint-Sulpice et de son expérience originale. Des évêques de France font appel à ses membres pour prendre en charge leur séminaire.

- Supérieur général de 1676 à 1700, Louis Tronson donne à la Compagnie son organisation, avec la volonté de garder ainsi une exacte fidélité aux grandes orientations reçues de Jean-Jacques Olier. La Compagnie est présente au Canada dès 1657, année de la mort de son fondateur. Elle y assure le service spirituel de Ville-Marie, qui deviendra Montréal.

- À la veille de la Révolution française la Compagnie dirige, en France, une quinzaine de séminaires. Le nombre de ses membres est passée de 70 en 1704 à 140 en 1789. La Révolution française éprouve durement la Compagnie. Elle favorise aussi son implantation hors de France. En 1791, en réponse à l’appel de Monseigneur Carroll, premier évêque des États-Unis, monsieur Emery envoie quatre sulpiciens à Baltimore, en vue de la fondation d’un séminaire. Au cours du 19ème siècle et au début du 20ème siècle, la Compagnie se développe tout à la fois en France, au Canada et aux États-Unis.
- En France, monsieur Emery qui fut supérieur général de 1782 à 1811 regroupe ses confrères et accepte la charge de dix séminaires. Supprimée par Napoléon en 1811, la Compagnie est bientôt rétablie. Elle est approuvée par Louis XVIII en 1816 comme " congrégation autorisée ". Le nombre de ses membres s’accroît régulièrement. Peu à peu elle va prendre en charge une vingtaine de séminaires en France.
- Au Canada, où elle avait, depuis le début de sa présence, la responsabilité de la paroisse Notre-Dame et l’aumônerie de plusieurs communautés religieuses, la Compagnie fonde plusieurs collèges et, en 1840, le séminaire de Montréal, qui aura le statut d’université pontificale. Au 20ème siècle, la Compagnie a eu la charge du séminaire de saint Boniface, au Manitoba.

- Aux États-Unis, la Compagnie a un large rayonnement. Passée la période difficile des débuts, le séminaire de Baltimore rassemble un grand nombre d’étudiants. Plusieurs sulpiciens reçoivent la charge épiscopale. Les directeurs du séminaire sont en relation avec sainte Élisabeth Seton et l’aident dans ses oeuvres et ses fondations. Un sulpicien fonde une communauté de religieuses noires. La Compagnie prend la charge de quatre séminaires hors de Baltimore.

- Une nouvelle étape de l’histoire de la Compagnie est marquée par la reprise du mouvement missionnaire, avec le départ de deux confrères français au Viêt-nam en 1929, de deux canadiens au Japon, en 1933, de deux français en Chine, en 1934, et la fondation des séminaires de Hanoi, de Fukuoka et de Kunming. A partir de 1950 la Compagnie prend en charge plusieurs séminaires en Amérique latine et en Afrique.